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14.07.2008

Sarkozy : l'opinion prise en otage

Passé le déferlement médiatique autour de la libération d’Ingrid Bétancourt, on se prend à rêver.


Rêver que les 2400 syndicalistes colombiens assassinés depuis 1991 par des paramilitaires d’extrême-droite proches du Président Uribe suscitent le même élan de compassion et de solidarité, tant de la part du Président Sarkozy que des faiseurs d’opinion.


Mais ne rêvons pas, il y a manifestement des bonnes et des mauvaises victimes. Les premières étalent leurs richesses et les secondes les produisent. L’état de santé des premières alarme la planète, l’assassinat des secondes passe inaperçu. Inaperçue comme une grève en France pour paraphraser notre Président.


L'information spectacle, qu’elle mente par excès ou par omission, sert avant tout une politique de classe violente : celle des people contre le peuple. Plus précisément, celle du capital contre le travail.
C'est aussi çà l'information spectacle sous Sarkozy. Une machine puissante qu'il faut mettre hors d'état de nuire.

http://rupturetranquille.over-blog.com/

Quelques infos sur la réalité colombienne :

DECLARATION DE LA COORDINATION POPULAIRE COLOMBIENNE A PARIS

Ingrid Bétancourt est libre. La Coordination populaire colombienne (CPCP) à Paris s’en réjouit pour elle, pour sa famille, ses amis, et tous les comités qui l’ont soutenue. C’est un épilogue heureux après plus de six ans d’attente. Le peuple colombien est toujours otage. Le « triomphe » des militaires et du gouvernement d’Uribe n’est pas une bonne nouvelle pour nous : C’est une légitimation de la logique guerrière et des pratiques totalitaires. Une bulle médiatique de plus qui permet d’occulter la para militarisation du régime, la violation quotidienne des Droits de l’Homme, les assassinats systématiques des opposants politiques, syndicalistes, journalistes, défenseurs des Droits de l’Homme. Nous ne pouvons oublier qu’en Colombie, près de quatre millions de personnes ont été déplacées de force à l’intérieur du pays, en majorité à cause des groupes paramilitaires. Ces groupes, qui agissent seuls ou avec des membres des forces armées, ont fait disparaître au moins 15.000 personnes ; ils les ont enterrées dans plus de 3.000 fosses communes ou ils ont jeté leurs cadavres dans les fleuves. Ils ont assassinés plus de 1.700 indigènes, 2.550 syndicalistes et plus de 5.000 membres de l’Union Patriotique. Régulièrement, ils torturent leurs victimes avant de les tuer. Entre 1982 et 2005, les paramilitaires ont perpétré plus de 3.500 massacres et ils ont volé plus de six millions d’hectares de terres. Depuis 2002 et leur supposée "démobilisation", ils ont assassiné 600 personnes chaque année. Ils ont réussi à contrôler 35% du Parlement. De 2002 à aujourd’hui, des soldats de l’Armée régulière ont commis plus de 950 exécutions, la plupart en "maquillant" des paysans en guérilleros. Récemment, en janvier 2008, les paramilitaires ont commis 2 massacres, 9 disparitions forcées, 8 homicides alors que l’Armée a perpétré 16 exécutions extralégales. Depuis le début de cette année, 28 syndicalistes ont été assassinés. En Colombie, les agents de l’Etat et les paramilitaires violent les Droits de l’Homme et le droit humanitaire. De nombreux groupes paramilitaires ne se sont pas démobilisés. Maintenant ils se font appeler "Aigles Noirs". De nombreux para politiques ont des charges publiques ou diplomatiques. En septembre 2007, il y avait 39 affaires. Aujourd’hui, en juillet 2008, il y a plus de 60 parlementaires et hauts fonctionnaires mis en cause dont bon nombre sont en prison). Le président Alvaro Uribe lui-même et son entourage sont mis en cause. L’élection présidentielle de 2006 menace d’être invalidée par une sentence de la Cour suprême de justice après qu’une parlementaire ait été reconnue coupable de subornation par cette même cour. Avec la libération d’Ingrid Betancourt par les militaires, c’est "La Mano Fuerte" qui gagne. Nous ne pouvons que regretter que la guerrilla n’ait pas libérés plus tôt tous les otages. Ou mieux, qu’elle n’ait jamais eu recours aux enlèvements. Cette victoire est un coup très dur pour les guerrilleros, mais c’est surtout un coup terrible pour l’opposition politique démocratique. Il va être encore plus difficile de faire entendre une voix divergente dans ce pays en faveur d’une solution politique du conflit, de l’échange humanitaire des prisonniers, en faveur de la vérité, de la justice et de la réparation intégrale pour les victimes. Alors oui : Bravo pour Ingrid. Mais nous pleurons pour la Colombie, sans pour autant baisser les bras. Paris, 3 juin 2008.

L'analyse du PRCF . Claire et percutante, lue sur http://www.initiative-communiste.fr/


La libération d’I.Betancourt. est un événement politique et c’est comme tel qu’il doit être analysé. Si on comprend la joie de sa famille de retrouver une fille, une mère, une épouse on doit tenter de comprendre aussi le sens de cet événement.
D’abord la couverture médiatique de la libération…du jamais vu…

TF1 et France 2 nous ont gratifié d’éditions spéciales dont le contenu fut parfaitement indécent. On doit dire que le service public fut presque plus odieux que la chaîne privée ! Ce ne furent que calomnies déversées sur les FARC et réflexions stupides sur I.Bettancourt. que Pujadas, qui ne craint décidément pas le ridicule, a qualifié de « sainte » !
Pas un mot sur l’histoire de la Colombie.
Pas un mot sur l’histoire des FARC (à part les insultes et bobards contre elles).
Pas un mot sur les massacres des populations civiles, des militants progressistes, des syndicalistes, par l’armée colombienne et ses sbires paramilitaires.

Pas un mot sur le fait avéré que le Président Uribe est mêlé au trafic de drogue comme une grande partie de son entourage.
Pas un mot sur l’ingérence des Etats-Unis en Colombie où ses multinationales prospèrent sur le dos des Colombiens et où ils financent à coup de milliards de dollars la lutte contre la guérilla populaire des FARC.
Pas un mot sur le fait que le peuple colombien crève de faim pendant qu’une minuscule oligarchie accapare toutes les richesses du pays, ce qui est la cause première de la guérilla.

Bref un long flot dégoulinant d’hypocrites « bons sentiments » et des attaques calomnieuses contre les FARC furent le contenu de cette opération politico-médiatique où il ne faut pas oublier la génuflexion permanente devant le petit grand homme Sarkozy, qui tentait de récupérer à son profit l’émotion provoquée par cette libération.
Sur un plan plus strictement politique il y a deux choses à retenir.

D’abord le fait que Uribe a tenté et réussi cette opération de libération des prisonniers des FARC dans des conditions étranges qu’il faudra tenter de décrypter pour en savoir un peu plus. Rien n’est clair dans ce qu’ont dit les otages et la hiérarchie militaire colombienne. Rien ne permet de comprendre comment la guérilla a pu être bernée par l’arrivée d’une pseudo ONG portant des T-shirt du Che !…Bref beaucoup de mystère plane sur ce coup de poker menteur
Mais le fait politique le plus important est sans conteste la conférence de presse donnée par Ingrid.Bettencourt à sa descente d’avion.

En effet, celle-ci, en pleine forme (on se souvient qu’on la disait mourante…) se livra à un plaidoyer sans nuances en faveur de l’armée colombienne, couverte du sang des milliers de paysans et d’ouvriers massacrés par elle, et de l’action d’Uribe « qui a fait ce qu’il fallait faire comme Président pour la Colombie », alors que toutes les personnes informées savent que cet homme est un narco- fasciste corrompu.

Ainsi à peine sortie de sa captivité Ingrid Bettancourt rejoint sa classe, l’oligarchie colombienne vendue aux impérialistes US et qui mène une guerre sanglante contre son propre peuple : voila donc un pion que les USA pourront utiliser à l’occasion quand Uribe sera trop usé.

Reste une leçon que nous devons retenir de ces événements : alors que des milliers de femmes colombiennes sont assassinées, torturées, massacrées par l’armée colombienne , bras armé de l’oligarchie et des impérialistes, les médias de masse, les mairies de droite et de la fausse gauche, les partis de droite et de la fausse gauche, n’ont parlé que de madame Bettancourt ; à travers sa libération ils ont continué cette campagne politique et idéologique dirigée contre la juste lutte du peuple colombien pour le pain et la liberté, trompant au passage des millions de nos concitoyens. Il nous faut avec nos moyens dérisoires, face au rouleau compresseur d’une presse asservie, nous battre aussi pour le triomphe de la vérité.

Plus que jamais il faudra également développer la solidarité avec les peuples en révolution du Venezuela, de l’Equateur, de Bolivie et de Cuba. Car manifestement, l’impérialisme américain et ses acolytes européens qui sont les vrais inspirateurs et “conseillers” d’Uribe s’efforcent de lancer une contre-attaque de grande ampleur contre l’Amérique latine rebelle, d’abord en “purgeant” la Colombie de ses éléments révolutionnaires, puis en créant les conditions pour tenter de diviser, d’agresser et de déstabiliser les pays de l’ALBA. Mais le PRCF est persuadé que l’impérialisme et sa marionnette Uribe ne parviendront pas à briser la lutte du peuple et des communistes colombiens, et qu’ils ne feront que stimuler la volonté des peuples d’Amérique latine, au premier chef, de ceux qui constituent l’ALBA, de lutter pour l’indépendance nationale, le progrès social, la démocratie et le socialisme.

Le PRCF appelle en outre les progressistes de France et d’ailleurs à amplifier leur mobilisation pour la libération des 5 patriotes cubains incarcérés aux Etats Unis, pour Mumia Abu Jamal, pour les milliers de patriotes palestiniens emprisonnés et brutalisés par l’armée israélienne, pour les centaines de patriotes colombiens emprisonnés par l’état fasciste colombien ou menacés de mort par ses para militaires, bref pour tous les OTAGES du capitalisme et de l’impérialisme qui se morfondent en prison dans l’indifférence totale de nos sarko- totalitaires médias.


Voir également le RISAL
Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine


http://risal.collectifs.net/spip.php?sommaire




Ces syndicalistes assassinés qui hantent les transnationales



Le grand déballage sur les crimes paramilitaires a commencé en Colombie. Avec les aveux en mars dernier de Chiquita et le procès intenté à Drummond, les Etats-Unis s’interrogent sur la responsabilité de leurs transnationales dans la campagne de terreur qui a coûté la vie à 2 400 syndicalistes depuis 1991.

La cinquantaine de mineurs exténués vient juste de quitter la mine de charbon de La Loma, ce 12 mars 2001, dans le nord-ouest de la Colombie, lorsque plusieurs hommes armés bloquent l’autobus de la compagnie Drummond. Les assaillants font descendre Valmore Locarno et Victor Hugo Orcasita, président et vice-président de la section locale du syndicat. On ne les reverra plus vivants. Moins de sept mois plus tard, un troisième employé de l’entreprise étasunienne, Gustavo Soler, subira le même sort. Il venait de remplacer Valmore à la tête de Sintraminergetica [1]. Trois assassinats [2]. Trois fois rien, une goutte de sang dans l’océan de drames – 2 400 morts et disparus en seize ans – qui endeuillent le syndicalisme colombien, mais trois morts qui feront date. Pour la première fois, un jury populaire étasunien s’est prononcé jeudi à Birmingham (Alabama), siège de Drummond, sur les présumées exactions d’une transnationale basée dans le pays. En l’absence – opportune – de leurs deux témoins centraux, Sintraminergetica et les familles des syndicalistes ont été déboutés. Mais quel que soit le sort réservé à l’appel interjeté par les familles, une brèche s’est ouverte, et les procédures promettent de se multiplier.

Sauve qui peut !

Aux Etats-Unis, l’affaire Drummond avait été prise très au sérieux, les habituelles dénégations méprisantes n’étaient plus de mise. Le très célèbre bureau d’avocat de l’ancien secrétaire d’Etat, James Baker, a même été mobilisé pour tenter d’empêcher la tenue de l’audience. En vain.

Le scandale de la « parapolitique » – qui éclabousse depuis plus d’un an des institutions colombiennes liées aux narco-paramilitaires [3] – est passé par là. Aujourd’hui, les langues se délient. Agents des services de renseignement, miliciens repentis, militaires, politiciens ou fonctionnaires, personne ne veut couler tout seul.
D’autant que le passif des « paras » est impressionnant : en une vingtaine d’années, ce conglomérat d’organisations armées d’extrême droite aurait exécuté plus de 17 000 personnes [4]et forcé au déplacement de 1 à 3 millions de paysans. De notoriété publique, les Autodéfenses Unies de Colombie (AUC) contrôlent aujourd’hui l’essentiel du trafic de cocaïne en provenance de Colombie. Pis, en ces temps de « lutte contre le terrorisme », les AUC sont devenues particulièrement infréquentables, puisque inscrites sur la fameuse liste des organisations criminelles dressée par le Département d’Etat américain.

Chiquita avoue

Dans ce sauve qui peut des complices, commanditaires et autres exécutants, certaines transnationales présentes de longue date dans l’Eldorado colombien commencent à trembler. Première à passer aux aveux : la fameuse société bananière Chiquita a admis avoir eu recours aux services des AUC « pour la sécurité de [son] personnel », pour la modique somme 1,7 million de dollars entre 1997 et 2004. Selon un responsable chargé de collecter les fonds, Banadex, l’ancienne filiale de Chiquita, versait une obole de trois centimes de dollars par caisse de banane exportée.

Contre une amende de 25 millions, la justice étasunienne a finalement accepté en mars dernier d’abandonner la procédure judiciaire. Mais les tourments de Chiquita ne semblent pas près de s’arrêter. Car si la justice colombienne demeure muette, plusieurs ONG ont déposé plainte la semaine dernière devant une Cour du New Jersey, pour « assassinats », « tortures » et « crimes de guerre » commis dans les régions bananières de Colombie.

Importation d’armes

Il faut dire que le dossier de l’ex-United Fruits & Cie est particulièrement gratiné. Ainsi, selon les éléments retenus par la justice, la collaboration entre Chiquita et les paramilitaires s’est menée tout au sommet, Le fondateur des AUC, Carlos Castaño [5], y a participé en personne, au su de la maison mère de l’entreprise à Cincinnati.
De l’aveu même des « paras, la multinationale a grandement contribué – consciemment ou pas – à leur prise de contrôle de la région de l’Uraba. Ainsi, en novembre 2001, Banadex déchargea sur son port privé, situé en zone franche, puis transporta quelque 3 400 fusils et 4 millions de cartouches en provenance d’Israël et du Nicaragua pour le compte des AUC.
« Mon meilleur goal », confia après coup Carlos Castaño.

L’Observatoire présidentiel pour les droits humains estime que durant la période où Chiquita finançait le bloc paramilitaire de la zone, celui-ci a commis 62 massacres (432 victimes) et forcé le déplacement de 60 000 personnes.

Emblématique, le cas de Chiquita a valu un avertissement en bonne et due forme à toutes les entreprises étasuniennes présentes en Colombie. Celles-ci « doivent prendre note que les versements effectués à des terroristes ne peuvent être considérés comme des frais d’affaires : ce sont des délits », déclarait le 19 mars dernier le procureur fédéral Jeffrey Taylor dans un communiqué.
Et il n’aura pas fallu deux mois pour que la tempête présagée éclate. Le 17 mai, contre une remise de peine, l’ex-chef des paramilitaires, Salvatore Mancuso, livrait une longue liste d’entreprises nationales ou étrangères ayant financé les AUC. On y retrouve notamment le gotha des sociétés bananières [6]– dont Chiquita, Dole et Del Monte qui auraient versé 1 cent par caisse – mais aussi Hyundai, Bavaria (SABMiller) et toutes les exploitations de charbon du Département du Cesar (où opère Drummond), ainsi que deux douzaines d’autres firmes actives dans les secteurs pétrolier, agroexportateur et alimentaire.

Représentants fâchés

Ajouté aux procédures engagées contre Drummond, Coca-Cola et Occidental, la coupe était pleine pour certains élus démocrates, de plus en plus rétifs aux liens entre Washington et le régime de Bogotá. Saisie du dossier de la « para-économie » en juin, la sous-commission parlementaire aux organisations internationales n’a pas hésité à réclamer l’audition du repenti Mancuso. « Nos intérêts économiques nuisent-ils à la lutte contre le terrorisme ? Sommes nous en train de faire des compromis ? Si tel est le cas, le public doit le savoir », a notamment déclaré dans la presse Bill Delahunt [7]. Et le président de la sous-commission de prévenir que celle-ci allait « examiner de très près le comportement des transnationales étasuniennes dans le monde » et qu’elle usera de la Colombie « comme d’un modèle ». A terme, M. Delahunt n’a pas exclu qu’il faille compléter le code pénal étasunien, pour restaurer « notre crédibilité et notre position morale dans le monde ».

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Guerre civile ou guerre sociale ?

« L’Ecole nationale syndicale de Colombie a recensé 2 245 homicides, 3 400 menaces et 138 disparitions forcées à l’encontre de syndicalistes entre janvier 1991 et décembre 2006. » « Dans plus de 90% des cas, les responsables n’ont pas été jugés. » « En 2005, environ 49% des violations de droits humains envers des syndicalistes furent l’oeuvre des paramilitaires, et 43% directement par les forces de sécurité. » Ces impressionnants constats figurent dans un rapport d’Amnesty International [8] opportunément publié le 3 juillet dernier. L’information n’est pas vraiment nouvelle. Année après année, ONG et confédérations syndicales dénoncent le sonderfall [cas à part] colombien : ce pays à peine plus peuplé que l’Espagne héberge à lui seul plus de 90% des assassinats de syndicalistes commis dans le monde. Sans compter les meurtres de proches ou les exils forcés par milliers, car si le nombre d’assassinats directs de militants a diminué ces dernières années, les manoeuvres d’intimidation ont, elles, explosé.

Alors pourquoi ? Pourquoi cette hécatombe ? Employeurs et paramilitaires concordent sur un point : il s’agirait là d’un effet de la subversion communiste qui agite le pays depuis les années 1960. Pour les Autodéfenses Unies de Colombie (AUC), les syndicalistes pris pour cible seraient en réalité des collaborateurs des guérillas, qu’ils aideraient en particulier à extorquer les entrepreneurs.
Sans accuser directement les syndicats, les employeurs s’en remettent aussi à la « guerre civile ». Ainsi l’avocat de Drummond déclarait-il en ouverture du procès pour meurtre des trois dirigeants de Sintraminergetica : « Ce sont trois parmi des milliers de leaders syndicaux assassinés en Colombie », selon les mots de William Jeffress. Et d’ajouter que « personne ne pourrait imaginer que Drummond ait pu aider à assassiner ses propres employés ». Une argumentation absurde et scandaleuse, rétorque un ancien dirigeant de Sintraminergetica.
Ce fils et petit-fils de syndicalistes souligne que les meurtres de ses collègues sont intervenus en période de conflit avec l’entreprise. Cinq ans plus tard, lui-même a été menacé et a dû fuir le pays après avoir conduit un mouvement de grève victorieux. « Je me suis toujours battu pour les droits des travailleurs, je n’ai pas d’armes, à part ma tête et mes bras », confie-t-il.
Dans son rapport, Amnesty confirme sans ambiguïté cette version. L’ONG a relevé des « abus constants contre les droits humains de syndicalistes commis dans le contexte des conflits de travail » ou lors de campagnes contre des projets de privatisations. Autrement dit, dans l’immense majorité des cas, c’est bien « le statut et l’activité syndicale » qui motivent l’exaction. Pour l’ONG, il existerait même « une stratégie militaire-paramilitaire coordonnée, destinée à réduire le travail de ces personnes, en les éliminant physiquement, mais aussi en tentant de discréditer la légitimité des activités syndicales ». En somme, le conflit armé servirait de « couverture » à tous ceux qui cherchent à augmenter leurs profits par tous les moyens. « Drummond, comme d’autres, a fait sciemment le choix de s’installer dans une zone en conflit pour faire plus d’argent », illustre Herman Johnson, avocat étasunien de Sintraminergetica. Et la méthode a prouvé son efficacité ; jadis réputé pour sa combativité, le mouvement syndical colombien s’affaiblit irrémédiablement. En une dizaine d’années, le taux de syndicalisation est passé de 8% à moins de 4%. Corollaire, le nombre de travailleurs couverts par une convention collective a chuté de moitié, indique la Centrale unitaire des travailleurs. Une véritable catastrophe dans un pays qui ne connaît pas de sécurité sociale publique. Salaires et stabilité de l’emploi ont suivi le mouvement : durant la même période, 900 000 contrats de salariés ont disparu. Quant au code du travail, pourtant prévu par la Constitution de 1991, il est resté lettre morte.

NOTES:

[1] Syndicat national des travailleurs des mines et de l’énergie.

[2] A noter que deux militants de base de Sintraminergetica avaient été assassinés peu avant MM. Locarno et Orcasita. Le Courrier a déjà relaté partiellement ces faits le 2 mai 2004 : http://risal.collectifs.net/spip.php ?article949.

[3] [NDLR] Consultez à ce sujet le dossier « parapolitique et paramilitarisme » dans la rubrique « Colombie » du RISAL : http://risal.collectifs.net/spip.php ?mot392.

[4] Plus de 14 000 entre 1988 et 2003, selon le CINEP, une ONG colombienne. Au moins 3 000 depuis décembre 2002, selon Amnesty International.

[5] [NDLR] Castaño a mystérieusement disparu en avril 2004.

[6] [NDLR] Lire à ce propos Roberto Bardini, United Fruit : Bananes, avocats et mitrailleuses, RISAL, 18 juillet 2007 : http://risal.collectifs.net/spip.ph....

[7] Los Angeles Times, 23 juillet 2007.

[8] http://web.amnesty.org/library/Inde...


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RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine
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Source : Le Courrier (http://www.lecourrier.ch/), Genève, juillet 2007.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).